Le 12 juillet prochain à l’auberge du Cleuziou en Arzano (Finistère), la Gorsedd, Fraternité des Druides, Bardes et Ovates de Bretagne, fêtera le 110e anniversaire de sa fondation en présence de délégués du Pays de Galles et de Cornouailles britannique dès 11 heures.

C’est à cette occasion qu’elle mettra à l’honneur l’Archidruide de Galles, Hwfa Môn et Thomas Paine. C’est en effet en juillet 1899 que la Gorsedd a obtenu la reconnaissance de l’Archidruide de Galles, Hwfa Môn (prononcez Houva Mone). Un poème écrit par Hwfa Môn sera lu le 12 juillet par le représentant de Galles dans le cercle de la Gorsedd. Depuis 1899 le rite de l’Union de l’Epée symbolisant les retrouvailles des peuples celtiques de chaque côté de la mer est célébré lors du Gorsedd Digor, cérémonie publique annuelle. Ce rite devient central dans les Gorsedd cette année car il va être réalisé également en Cornouailles britannique en septembre pour la première fois. Ce rite, inspiré par le poète Lamartine, atteste de la contribution des Gorsedd à la construction d’une Europe unie et pacifique. Mais cette année est également celle du bicentenaire de la mort de Thomas Paine (1737-1809), un authentique « citoyen du monde » (il fut en effet citoyen anglais, américain et français !) Admirateur de la Révolution française, Paine écrivit pour sa défense contre les réactionnaires britanniques « The Rights of Man » (Les Droits de l’Homme) publié en 1792. Critiquant la monarchie britannique, il sera contraint de s’exiler aux États-Unis où il soutiendra les Insurgents dans un pamphlet célèbre qui inspira Washington, Benjamin Rush et John Adams. Revenu en 1787 en Angleterre, il s’embarqua alors pour la France où il s’engagea en faveur de la République. Proclamé citoyen français le 24 août 1792, il fut élu député du Pas-de-Calais à la Convention le 6 septembre 1792. Incarcéré sous la Terreur, on lui reprocha ses sympathies pour les Girondins et ses origines anglaises. Il retournera finir sa vie aux Etats-Unis. Ami de Iolo Morgannwg, le fondateur de la Gorsedd de Galles en 1792, Thomas Paine connaissait le druidisme dans lequel il voit l’origine véritable de la Franc maçonnerie. Dans son ouvrage posthume sur ce sujet, il en a compris, avant tout autre, le caractère universaliste. Barack Obama, dans son discours d’investiture en janvier dernier s’est référé à l’action de Thomas Paine qui fut un des pères fondateurs de l’Amérique, l’auteur du nom même d’ « Etats unis » et un ardent anti-esclavagiste Le 200e anniversaire de sa mort, comme le remarque le quotidien The Guardian du 9 juin 2009, est étrangement passé sous silence dans les médias britanniques. La France ne semble guère partie pour faire mieux. Une lourde injustice que la Gorsedd de Bretagne s’attachera à réparer le 12 juillet à Arzano. Hommage à Hwfa Môn et Thomas Paine par la Gorsedd de Bretagne.

L’indécence des ethnicistes nationaux républicains

La Gorsedd de Bretagne salue la victoire éclatante d’une volonté de changement aux Etats-Unis à travers l’élection de Barak Obama.

L’espoir, en effet, est immense pour tous ceux qui ont eu à subir des discriminations, des insultes, des humiliations par rapport à leurs origines ethniques ou sociales. Cet espoir incarne plus que le rêve américain, il renforce celui d’une véritable fraternité humaine. La campagne électorale aux Etats-Unis a connu une étrange ferveur pour le candidat démocrate en France, notamment dans les médias, à tel point qu’on a pu penser parfois que c’étaient les Français eux-mêmes qui prétendaient l’élire à la place des citoyens américains !

Cet état de fait est révélateur d’une forme de choix par procuration pour le triomphe de la diversité, du respect des cultures, de tous les groupes humains mais ailleurs, pas dans un pays où la classe politique quasi unanime s’offusque de voir siffler un hymne national qui, rappelons le, vilipende le « sang impur » de l’étranger ! La reconnaissance du métissage s’est limitée ici à la désignation (et non l’élection) de quelques personnalités alibis au gouvernement. C’est dans cette même classe politique qu’on trouve ceux qui se sont opposés à l’introduction de la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution pour ne pas défriser l’ethnicisation du concept républicain introduite en 1992 par l’article 2 instituant le français comme « langue de la République ».

L’Académie française a cru bon récemment de se transformer en lobby ethnique en publiant sa conception étriquée et chauvine de la littérature et de l’usage d’une langue particulière. Rappelons une fois de plus à tous les ethnicistes nationaux républicains que l’Acte Constitutionnel de 1793 et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen avaient été traduits par la Convention nationale dans les langues de France, dont le breton.

Les ethnicistes nationaux républicains, quand ils se réjouissent aujourd’hui de la victoire de Barak Obama aux Etats-Unis, illustrent l’adage de Blaise Pascal : «Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au delà». Une forme d’indécence et d’oubli de ce qu’ils sont !

Mesdames, Messieurs, membres de l’Académie française,

La Gorsedd de Bretagne célèbre aujourd’hui, 13 juillet 2008, comme chaque année en temps de paix, ses retrouvailles avec nos frères Gallois et Corniques de Grande Bretagne. Nous avons décidé de placer cette cérémonie qui marque le cent soixante dixième anniversaire de la première réception d’un barde breton par les Gallois, sous le parrainage de trois grands écrivains français. Au-delà de leur œuvre qui fait honneur à la langue et à la culture françaises, ils ont chacun à leur manière rendu hommage à la langue et à la culture bretonnes.

 

Le premier, Alphonse de Lamartine, a composé en 1838 « Le Toast porté dans un banquet national des Gallois et des Bretons » qui fut lu après la réception d’Hersart de la Villemarqué, premier barde breton reconnu par la Gorsedd de Galles. Ce poème paru dans les « Recueillements poétiques » a inspiré le rite de l’Union de l’épée brisée que nous célébrons avec nos amis Gallois et Corniques chaque année depuis 1899. Hersart de la Villemarqué est un enfant du pays. Sa famille habite toujours dans la région de Quimperlé où nous nous trouvons cette année. Son œuvre maîtresse est un recueil tiré de la tradition populaire bretonne, le Barzaz Breiz, dont les « diamants » ont été chantés par un autre grand écrivain français, George Sand. Enfin, Auguste Brizeux, autre poète célèbre, a fréquenté le village où nous sommes aujourd’hui, sur les traces de la charmante Marie qu’il a évoquée dans un délicat poème de 1831 qui ravissait les lecteurs dans la France entière de l’époque. En rappelant ce passé, la Gorsedd entend tout d’abord occuper toute la place qui est la sienne dans l’histoire des relations inter celtiques et dans la construction d’une Europe pacifique, humaniste et ouverte. En évoquant ses origines, la Gorsedd met également en relief les liens fraternels de respect mutuel qui l’unissent dès le début aux grands noms de la littérature française. Il n’y a dès lors, pour elle, aucune contradiction entre l’universalisme revendiqué par la culture française et l’existence volontariste de cultures locales.

 

Mesdames, Messieurs, membres de l’Académie française,

 

Vous avez, à l’unanimité paraît-il, adopté il y a un mois, jour pour jour, un texte contre l’inscription dans la Constitution de l’appartenance des langues régionales au patrimoine de la République. L’unanimité de votre position est au demeurant contestée par l’un des vôtres, le Breton Michel Mohrt, qui s’est exprimé sur ce point dans les colonnes d’Ouest France. Et pour cause ! Notre compatriote, en effet, a abondamment puisé dans les richesses de la langue bretonne pour en faire profiter largement les francophones.

Mais permettez-nous de nous pencher avec attention sur les premières lignes de votre texte « Depuis plus de cinq siècles, la langue française a forgé la France. Par un juste retour, notre Constitution a, dans son article 2, reconnu cette évidence : « La langue de la République est le français ». Nous ne voyons absolument pas à quelle évidence vous faites allusion car il y a cinq siècles la République n’existait pas, il y a cinq siècles c’était le Royaume de France. Il est vrai que vous devez l’origine de votre institution à un cardinal ministre de cet ancien régime, situation assez peu républicaine puisque vous savez, comme nous, que la République ne subventionne ni ne salarie aucun culte ! Donc dès le début, votre texte balbutie dans le confusionnisme. En 1793, par contre, c’est-à-dire 4 ans seulement après sa fondation, la République faisait traduire son acte constitutionnel – donc sa Constitution ! – dans les langues de France, au rang desquelles la langue bretonne. Cette traduction était d’ailleurs suivie de celle de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Ce choix politique s’est apparemment fait dans la sérénité « sans porter atteinte à l’identité nationale » comme le craint votre texte dans un accès hystérique de catastrophisme ! Parlons-nous bien alors de la même République ? Est-elle pour vous avant tout un édifice juridique intangible ou la résultante d’un grand combat émancipateur toujours à conforter et à reprendre ? Vous avez inspiré le Sénat, semble-t-il, pour qu’il contredise le vote de l’Assemblée nationale. Il y a eu des précédents en 1922 et en 1932 lorsque le Sénat s’opposait à l’Assemblée nationale au sujet du droit de vote des femmes, si bien que la France a dû attendre 1945 pour que les citoyennes puissent participer à la vie politique et illustrer ainsi un principe, paraît-il fondateur ? de la République : l’Égalité. Il est vrai que de votre côté, Mesdames et Messieurs de l’Académie française, vous êtes entrés dans l’arène politique en 1998 pour contester la féminisation des noms de métiers. Quelle coïncidence ! Quelle lâcheté enfin de se venger sur les langues régionales de son incapacité à endiguer l’influence grandissante de l’anglais !

Nous terminerons ces propos par une note d’espoir dans l’avenir, confiants que nous sommes qu’on ne défend pas, comme vous, une langue en contestant à une autre le droit d’exister car nous croyons en l’avènement final de la Liberté. Aussi nous citerons la fin du poème d’Alphonse de Lamartine car elle illustre ce que vous peinez visiblement à comprendre : l’ouverture aux autres autrement dit la Fraternité !

 » Dans notre coupe pleine ou l’eau du ciel déborde,
Désaltérés déjà buvons aux nations !
Iles ou continents, que l’onde entoure ou borde,
Ayez part sous le ciel à nos libations !
Oui, buvons, et passant notre coupe à la ronde
Aux convives nouveaux du festin éternel,
Faisons boire après nous tous les peuples du monde
Dans le calice fraternel ! « 

Arzano le 13 juillet 2008

Morgan 6ème Grand Druide de Bretagne