2014 est une année de commémoration en Bretagne : c’est à la fois le 500ième anniversaire de la mort d’Anne de Bretagne, le 100ème anniversaire de la déclaration de la première guerre mondiale et le 70éme de la Libération.

Le premier événement nous rappelle, au delà de la mort de la dernière souveraine de Bretagne, comment notre pays fut rattaché au royaume de France. Ce ne fut pas un mariage d’amour mais une annexion, celle qu’avait préparé la défaite de St Aubin du Cormier en 1488. Il convient de se souvenir qu’il y eut un traité garantissant des droits pour la Bretagne. Ce traité était un document juridique international sur lequel la France s’est royalement et « républiquement » assise depuis. En 1932 le souvenir de l’annexion a brusquement surgi dans l’actualité lors de la destruction à Rennes du « monument de la honte » représentant Anne de Bretagne à genoux devant le roi de France. Résistance et rébellion bretonnes !

Le 100ième anniversaire de la déclaration de la guerre de 14 va permettre de rappeler le bouleversement que la Grande Guerre a provoqué dans la société traditionnelle bretonne en pratiquant une profonde saignée dans la population masculine, en particulier dans les campagnes, en projetant des individus dans l’horreur et en les obligeant aussi à abandonner leurs habitudes vestimentaires, linguistiques et comportementales.

Beaucoup de situations individuelles, de positionnements politiques ou sociaux trouvent des explications dans l’influence qu’a exercé la guerre sur ceux qui y ont participé d’une manière ou d’une autre.

On sait aussi que la résolution finale du conflit par le concert des Nations a produit des frustrations qui vont se révéler grosses de conséquences sur le déclenchement, une vingtaine d’année après l’armistice, de la deuxième guerre mondiale.

« Le 11 novembre chez nous est fête nationale » proclamait, de manière désabusée, le barde Glenmor dans une de ses chansons. On sait que le nombre des tués sera un thème de propagande récurrent du mouvement breton de l’entre deux guerres.

Quant à l’évocation du deuxième conflit mondial, outre son caractère commémoratif, il sert souvent à livrer une charge contre ce qu’il est convenu d’appeler le « Mouvement breton » au motif qu’une fraction de cette nébuleuse aurait collaboré avec l’Allemagne.

La commémoration de cet événement doit nous servir surtout à conforter les valeurs démocratiques et nous rappeler que la Liberté est une conquête somme toute fragile, qu’elle se défend pied à pied parce qu’elle ne s’use que si on ne s’en sert pas.

La Gorsedd regarde son passé avec lucidité, le constat est simple: le parcours de ses membres a été divers et aucunement réductible à des généralités simplistes souvent diffamatoires.

Ce parcours illustre la base de l’engagement de chacun dans une démarche qui repose avant tout sur le libre arbitre.

Trois choses sont primitivement contemporaines : L’Homme, la Liberté et la Lumière.
C’est ce qu’énonce une des Triades de l’Île de Bretagne.

Le même esprit sous-tend le texte d’admission d’un Druide, d’un Barde ou d’un Ovate dans notre Fraternité :

Te zo Drouiz, Barzh, Oviz hiviziken
Ar Gwir zo da aotrou hag ar Poell da vevel
Kae bremañ divrall ha diarvar
Breizh en da spered
Breizh en da galon
Breizh en da lavar

Tu es Druide, Barde, Ovate désormais
Le Vrai (ou le Droit) est ton seigneur et le discernement ton serviteur
Va maintenant fermement et sûrement
Bretagne en ton esprit
Bretagne en ton cœur
Bretagne en tes paroles.

La Gorsedd rendra donc hommage à ses anciens et aux Frères de Cornouailles et de Galles qui accueillirent nos compatriotes dans des moments très difficiles.