A la suite des travaux de Joseph Loth dans les années 20 puis de Donatien Laurent plus récemment, le caractère premier, celtique et druidique de la Troménie a été enfin reconnu.

La Troménie apparaît en effet basée sur le calendrier celtique mis au point par les Druides.

Le rituel de la Gorsedd s’inspire ainsi de ceux qu’elle utilise à l’occasion des fêtes cardinales celtiques, des équinoxes et des solstices.

Notre rituel va également évoquer les anciens dieux et déesses celtiques, sous leurs noms bretons correspondant à leurs noms gaulois.

Une attention particulière est apportée à Cernunnos/Kronan et Epona/Keben en raison de leur fonction à tous deux comme divinités de la fertilité, de la fécondité et de l’abondance, facultés toujours reconnues et honorées même par les pèlerins catholiques.

Kronan régnait également sur le Mont St Michel de Brasparts dont l’ancien nom était précisément Menez Kronan c’est à dire la Montagne de Kronan.

Il n’échappera à personne qu’il y a une proximité phonétique évidente entre Kronan et Ronan quant à Keben c’est par la Kazeg Vaen qu’elle illustre les fonctionnalités d’Epona.

Mais le nom de Keben rappelle également le breton kenep ou keneb, c’est à dire la jument pleine.

Epona est la seule déesse qui fut intégrée au calendrier officiel de l’Empire Romain. C’est dire l’importance reconnue de son culte bien au delà des territoires occupés par les Celtes.

Il est important également de mettre en lumière la présence visible et sonore de la Corne : c’est la Corne du bœuf attelé au char funèbre de Ronan, c’est la Corne qui résonne dans Lokorn, le nom breton de Locronan, c’est à Plas ar C’horn un des lieux les plus élevés qu’est enterré Ronan.

L’un des attributs de Cernunnos comme d’Epona est la Corne d’Abondance, symbole de fertilité et de richesse. En tapant sur la Corne du bœuf, Keben refuse la récupération par Ronan de cet important symbole de la puissance fécondante et nourricière de la Nature.

C’est le pouvoir par la puissance du lieu, du sanctuaire de la Fécondité qui est ici en jeu.

En fin de compte en étant engloutie par la Terre en un lieu à peu près aussi élevé que celui où repose Ronan, Keben prouve sa puissance, au moins égale à celle de son adversaire.

L’emplacement mythique de ces deux tombes forme les angles de la base sud du grand quadrilatère de la Troménie.

La diagonale Sud Ouest /Nord Est divisant en 2 le parcours de la Troménie est totalement encadrée en son début et sa fin par Keben : Kernevez au Nord Est est le lieu de sa demeure terrestre et Kroaz Keben au Sud Ouest celui de sa dernière demeure.

Cette présence prégnante assure un équilibre et traduit le rapport de force entre l’ancienne croyance et le christianisme. La Troménie est en effet un pèlerinage syncrétiste : l’Eglise a préféré intégrer ce qu’elle n’arrivait pas à éradiquer.

Pour la Gorsedd, ce grand parcours qui reprend et récapitule toute l’année celtique est un magnifique résumé de doctrine. Dans un courant traditionnel qui répugne à l’écriture, la Troménie est l’équivalent d’un grand livre ouvert.

En ayant lieu tous les 6 ans, comme le nombre de lustres composant le siècle celtique, la Troménie synthétise toute une vie.

En suivant la marche du Soleil qui inonde le monde de sa Lumière, nous sommes à la recherche d’une harmonie avec le cycle du temps, des saisons, à la recherche également d’un équilibre ou du Juste Milieu entre des principes contraires mais qui se complètent et se définissent également l’un par l’autre ; haut et bas, clair/obscur, masculin/féminin, fin/début etc…

Enfin au delà de ces jalons d’interprétation, c’est avant tout un événement à vivre car c’est nous-mêmes finalement qui nous transformons et nous découvrons dans ce parcours contrasté.

Au 14 juillet prochain à Locronan

Ra vo gwenn ho ped !

/I\ Morgan
6ved Drouiz Meur Breizh